De la chance de ceux qui travaillent à Paris
Le 19-11-2005 à 00:04

Il voulait rester libre jusqu'au dernier moment, pour être le maître de ses soirées, et se proposer à la dernière minute, comme pour éprouver la fidélité et la disponibilité de ses quelques très rares amis...
Je sortais donc de E., pas loin de république, un partenaire chez qui j'étais allé travailler pour la journée, et il était tôt : il faisait encore jour, et déjà, je me sentais un peu privilégié de rentrer en traversant quelques quartiers de Paris que j'apprécie beaucoup, sous une lumière de soleil couchant. Ce sont les premiers jours de froid, les arbres ont encore quelques feuilles rouges, j'étais très content.
Le hasard tient à peu de choses, c'est une petite incursion de deux minutes à peine dans une boutique qui m'a donc fait arriver à ce feu précis à cet instant précis. Un regard de mon côté, regard du sien, nous traversons et marchons côte à côte, et d'un coup à ma droite, "Bonjour, comment tu t'appelles ?". C'est ainsi que j'ai discuté avec R. une petite minute, pas plus. Son prénom, R., c'est donc tout ce que je saurai. Je ne saurai pas son histoire, ses origines que je devine du sud, le goût de ses lèvres, les détails de son corps.
Pourquoi ai-je refusé son invitation à nous asseoir un instant ? La peur je suppose, le coup de téléphone que j'attendais, le travail que je m'imaginais faire en rentrant, belle excuse de l'homme timide. Et après ces quelques mots qui m'ont fait tant sourire, car je sais pour ne l'avoir jamais fait le courage qu'il faut pour parler à un inconnu, nos chemins se sont séparés. R., parce que tu as dépassé cette première limite, invisibile, qui nous séparait, tu m'as touché et ce soir, je regrette de ne pas avoir accepté ce café que tu m'offrais avec le sourire et un joli compliment qui me va droit au coeur.
- De : Carlo le 20-11-2005 à 21:02
- Il y en a aussi qui travaillent à Paris et qui rentrent en silence, en taxi en metro en voiture peu importe, sans trop remarquer où ils habitent, sans trop sourire à des mignonnes R. croisées par hasard en attendant le feu vert. C'est même la majorité des gens, j'ai peur.
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