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Ville étrangère

Le 05-04-2006 à 11:08

Cerisier en fleur devant un temple

il voit quelqu'un sur une place vivre une vie ou un instant qui auraient pu être siens; il aurait pu être à la place de cet homme, maintenant, s'il s'était, aurtefois, jadis, arrêté, ou encore si, jadis, à un croisement de chemins, au lieu de prendre d'un côté il avait pris du côté opposé

5h du matin, gare routière presque vide, nous descendons après une très courte nuit de quelques heures dans le car, la ville dort encore, c'en est presque surprenant. Pour passer le temps nous trouvons un restaurant 24h/24h, où tout est calme; un petit groupe dort, la tête sur une table.

Retour d'un mini périple pour le repos de l'esprit, plongé dans la sensation curieuse, alors même que les signaux lumineux m'agressent par centaines, d'être dans un désert; mystères d'une écriture que je ne connais pas.

J'aime cette heure où la jungle urbaine n'est pas encore réveillée, où l'on sent bien que la rumeur gronde, mais où elle n'est pas là, pourtant. Je me sens petit et humble, imaginant qu'ici aussi des millions de gens passent, vivent, ont leurs amis, leur boulot, leur caractère, leurs défauts, leurs amours; pour la plupart jamais nous ne nous croiserons, jamais nous ne nous parlerons, mais debout sur un trottoir vide de Shinjuku, je pense à eux, qui marcheront ici avant ce soir. Insignifiants à l'échelle du monde, nous essayons pourtant tous de vivre, désespérément nous crions notre existence, notre unicité, nous voulons simplement être et le dire au monde.

J'avais en tête de me poser dans un coin de ce grand parc dans l'après-midi, lire un peu, me reposer; là, des milliers de touristes, des familles, des amis, installés par terre sur de grandes bâches bleues. C'est la saison, c'est l'événement, tout le monde sourit, c'est joyeux; les cerisiers sont splendides, les fleurs se détachent doucement et tourbillonnent au vent, les enfants courent, tentent de les saisir; il y a une allée que longent des deux côté des stands de grillades, viandes, brochettes, aux vapeurs plus ou moins grasses.

Le parc est aussi le repaire des sans-abris, nombreux et miséreux, ils errent sans rien dire, sans rien demander, vivent dans des tentes de baches tendues entre les arbres. Ils enlèvent bien leurs chaussures à l'entrée de la tente, tentent de rester dignes. Je n'ose pas les observer, de quel droit, alors que je ne manque de rien ?

Deux stations plus loin, je traverse un cimetière où je trouve enfin le calme, et un peu de silence. Les stèles sont quasiment l'une sur l'autre, des inscriptions que je ne comprends bien sûr pas, des noms surement, sur des lattes en bois; au fond d'une allée un homme se recueille. Le quartier autour est incroyablement calme, les maisons sont grandes, espacées, probablement un endroit assez huppé, je n'en sais même rien, je n'ai pas les repères. A quelques rues près, les love-hotels, restaurants un peu miteux, je reprends le train après cette escapade surréaliste; s'il avait fait beau je serais bien retourné un peu dans ce cimetière.

  • De : koalie le 06-04-2006 à 14:53
  • "désespérément nous crions notre existence, notre unicité, nous voulons simplement être et le dire au monde" C'est tres vrai et tres bien dit.
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