Planer un peu
Le 12-02-2007 Ã 23:42

J'ai longtemps espéré être aimé un jour de quelqu'un qui serait dans l'effusion extrême et la sollicitation physique permanente. Lorsque c'est arrivé, je n'ai pas supporté et j'ai fui.
J'aime prendre l'avion seul. J'ai l'impression de jouer au grand, à l'adulte. Je suis un peu blasé maintenant, j'ai l'habitude, je peux faire genre détaché, je connais tout ça par coeur.
Un fois la sécurité passée, j'ai légitimement le droit de ne rien faire sans me sentir coupable, sans avoir peur qu'être là tout seul à rester assis dans un fauteuil les yeux dans le vide signe l'arret de mort de toute perspective sociale, culturelle et amoureuse. Alors je profite activement, et je glande dans l'immense gallerie marchande.
Ce soir, alors que l'avion prend de l'altitude, je vois les couleurs incroyables du ciel. Vraiment incroyables. Je colle la tête contre le hublot, je cache les reflets de ma main, le soleil a disparu il y a moins d'une demie heure, et il reste une bande de couleur, rouge en bas, orange au dessus, un peu jaunâtre, puis verte, si si, un peu verte avant de devenir bleu-clair puis bleu-profond (bleu-ciel, ça porte bien son nom en fait). Il est lisse comme je n'ai jamais vu ça, et mes yeux s'y perdent, c'est sans une aspérité; un seul nuage, très très plat, et très très long fait comme une fente noire au milieu du passage orange, qui déjà devient un peu rose. Je pense à la gravure de Nicolas de Staël qui est au dessus de mon écran, chez moi.
Une étoile brille, pas très haut, tout seule, les couleurs glissent vers le bas, j'attends avec impatience la fin, j'espère quelque chose de grandiose à venir, et finalement ça meurt doucement, et il ne reste rien. Ça finit en queue de poisson et ça pue le parallèle avec le sens de la vie tout ça.
Une fois aterris, le voisin devant et le voisin derrière sont déjà sur leur Blackberry, et moi j'ai du ciel plein la tête, j'ai les histoire du bouquin de Ron aussi, et je n'ai même pas envie de voir si j'ai eu un SMS durant l'heure et demie qui me sépare de Barcelone dont - boulot oblige - je n'ai vu qu'une boutique Zara, deux restaurants, et un amas de hangars de la taille d'un arrondissement parisien. Mais là je plane encore un peu.
Retour rapide à la normale, je m'impatiente que l'Orlybus n'arrive pas, il fait froid, mon gilet beige payé une fortune commence déjà à se noircir, et j'allume mon téléphone, je suis à nouveau un parisien ordinaire.
Après-demain, 8h25 de vol, tempète de neige prévue à l'arrivée, voilà qui devrait être drôle. Chic, je vais reprendre l'avion !
- De : Matoo le 13-02-2007 Ã 01:24
- Tu vas nous manquer ! :)
- De : Thanos aka Mr Brightside le 13-02-2007 Ã 21:12
- Que dire que dire... je comprends un erzats de ce dont tu parles mais avec une approche différente en fait. mais bon, l'essentiel est que tout cela, tout ce maëlstrom de visuel un peu different du quotidien, ce curieux moment a créé quelque chose en toi, à réveillé quelque chose et te voici à laisser ce billet, avec une once de ce quelque chose..
- De : Jonathan D. le 15-02-2007 Ã 22:58
- La citation me fait froid dans le dos... Barcelone, ma destination de l'été dernier pour els vacances et peut-être à nouveau pour quelques jours, bientôt.
- De : lesnuitssontbelles le 22-02-2007 Ã 00:37
- Bon voyage. Amuses toi bien. Expo sur la peinture espagnole recommandée... +
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