La lumière du frigo
Le 19-04-2007 à 23:15
La soupe fume, les yeux perdus dans un magazine je perçois l'odeur de la bougie aromatique posée sur le bar. La sorte de bougie à quelque euros du supermarché en bas, et qui sent assez fort éteinte; qui sent même peut-être plus fort éteinte en fait.
Je pense au temps qui passe, et par une connexion qui m'échappe encore je l'allume finalement. La flamme vacille, mes deux fenêtres sont ouvertes - j'ai Morcheeba en fond sonore, je pense que ce n'est pas très bien élevé de laisser la fenêtre qui donne sur la minuscule cour ouverte avec la musique. En la fermant je réalise qu'il me faut abolument laisser l'autre ouverte, j'étoufferais. Pas par manque d'air, plutôt parce que sans une petite brise fraiche, c'est l'hiver, la chaleur qu'on veut garder à l'intérieur, cette chaleur humide des vieux appartements en décembre. En saison j'aime ça. Là ça serait insoutenable.
Au cours de ces quelques secondes, je pense aux mots qui iraient pour décrire cet enchaînement microscopique d'idées, je veux pouvoir le tourner en phrases qui sonnent bien, essayer d'en mettre plein la vue; à qui ? je ne sais pas bien; et quelle prétention ! Mais j'ai peur d'oublier, je me répète les phrases. C'est pareil qu'avec les rendez-vous, je les note compulsivement sur mon carnet. Chaque seconde où je n'ai pas encore écrit "20h, Ciné avec M. et C." est un pas vers l'oubli. Alors je me hate de griffoner. Et je n'ai jamais besoin d'ouvrir le carnet, je n'oublie pas, la hantise m'en préserve.
Enfant, j'étais prudent en traversant la route. L'idée de me faire renverser sans avoir pu annoncer une bonne note de glaçait d'effroi, bien plus que l'idée d'être applati par un camion elle même. Je ne sais pas comment je me suis retrouvé là en pensant à mon agenda-ïte compulsive, mais sur le moment le lien était des plus logiques.
Mon appartement dans le noir doit ressembler à un poste de pilotage, il y a tant de loupiotes de couleurs, la souris optique qui clignote, celles de l'ordinateur, de l'écran, de la chaîne hifi, la machine à laver, sans compter le lapin qui clignote sans cesse. Si ça se trouve la lumière est allumée dans le frigo quand on n'y est pas.
La bougie crépite sans raison et me tire de ma rêverie. Si je me relis, je vais me prendre pour fou, c'est sûr.
- De : Vivi le 05-05-2007 à 11:48
- Mais non, mais non... tu n'es pas fou ! Et cette hantise, enfant, de te faire renverser avant d'avoir fièrement pu annoncer une bonne note... j'adhère !!! Des bisous et merci pour tes photos de NYC, avec lesquelles je réalise qu'il me reste le monde à visiter...
- De : Vinz le 05-05-2007 à 17:03
- Lorsque le Horla à l'oreille te chante, Expulse-moi donc ce démon qui te hante. El mexicano
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